Historique

Histoire du manoir du petit Corcé en Nouvoitou

Faire l'histoire précise du manoir du Petit Corcé s'avère une chose difficile car les sources
sont très confuses car il semble que l'ensemble des informations soit tantôt attribuées au manoir du
petit Corcé et tantôt au manoir du Grand Corcé !

Il ne semble pas y avoir de trace d'un manoir à Corcé au Moyen Age. Pourtant, la famille de
Corcé semble fort ancienne. Sa présence à Nouvoitou s'explique probablement par une migration ou
une extension de propriétés d'une famille importante de la noblesse depuis le comté de Nantes où
elle est attestée depuis le XIIe siècle, avec un Robert de Corcé, qui est témoin d'une donation à
l'abbaye de Marmoutiers en 1164.
Plusieurs membres de cette famille jouent un rôle important tout au long du Moyen Age.
Jamet de Corcé fait partie de l'association de la noblesse assemblée contre les ennemis du Duché en
1369 ; Guillaume ratifie le traité de Guérande en 1381, qui restitue le duché au duc Jean IV contre
l’hommage au roi de France. Philippe de Corcé est archer à la garde du duc en 1451.
Une des branches de cette famille a d'ailleurs du s'allier avec une famille de la région de
Châteaugiron car l'on sait par exemple qu'à Domloup, le manoir du Jaunay appartenait aux
seigneurs de Corcé en 1427, avant de passer à la famille de Châteaugiron.

Le XVIe siècle

On retrouve deux patronymes associé à celui de Corcé. Les Mellet, sont cités comme
propriétaires du manoir du petit Corcé en 1513.
Selon certains érudits, une autre famille de Corcé qui avait emprunté ce nom à une terre de
Nouvoitou devint protestante à la fin du XVIe siècle. Ce nom aurait ensuite été porté par les Pélicot.
Il semble qu'il s'agisse ici du manoir du Grand Corcé car il est fait mention d'une chapelle près du
manoir, reconstruite vers 1654.

Le manoir actuel garde probablement l'assise du bâtiment du XVIe siècle. Le bâtiment
principal possède deux cheminées, l'une au rez-de-chaussée et l'autre à l'étage, dont le style est
cohérent et permet de remonter au XVIe siècle. Ce sont des cheminées assez simples dont la
monumentalité est discrète, ce qui donne un indice sur le caractère relativement modeste de l'édifice
primitif.

Le XVIIe siècle

Quoi qu'il en soit, les guerres de religion qui se déroulent de 1576 à 1594, semblent jouer un
rôle important pour l'évolution du manoir. La Ligue est un mouvement religieux et politique mené
par le Duc de Mercoeur. Elle regroupe les catholiques qui vont combattre contre le Roi de France.
En 1589, Nouvoitou va être touché directement par ce conflit. Le comte de Soissons, nommé
gouverneur de Bretagne par Henri III, rejoint son poste à Rennes en passant par Châteaugiron, qui
est une ville restée fidèle au roi. Il y est attendu par l'armée de Mercoeur. Un combat sanglant a lieu
qui laisse sur place plus de 80 gentilhommes. La ville de Châteaugiron est incendiée et pillée par
des paysans venus en renfort des ligueurs, avant d'être reprise par les troupes royales, suivie d'une
nouvelle expédition punitive des ligueurs en mai 1590.
Toute la région a du connaître des combats plus ou moins larvés, dans le cadre de ce qui
constitue une véritable guerre civile Les Ligueurs pillent Nouvoitou le 24 juillet 1589 et les manoirs

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de Corcé en ont vraisemblablement été victimes. Une garnison royale de 80 hommes était située à
Mesneuf au Sud de Rennes, en septembre 1593. Et une partie du territoire de Nouvoitou dépend du
seigneur de Mesneuf.
Les seigneurs de Corcé deviennent protestants, ce qui peut expliquer que le manoir du Petit
Corcé ait été pillé et endommagé à cette époque. C'est d'ailleurs à cette époque qu'ils laissèrent
tomber la chapelle Notre-Dame de Corcé en ruine.
Après le retour de la paix et l'apaisement des esprits, la façade du manoir du Petit Corcé sera
réparée avec des pierres récupérées dans l'ancien, ce qui explique les nombreux remplois de pierre
calcaire sur les montants des ouvertures. Cette pierre provenant des Pays de la Loire est un
marqueur social pour le bâtiment.
Il semble que le manoir soit ensuite devenu la propriété de parlementaires rennais qui
l'utilisent comme maison de campagne. En 1655, on trouve la mention de Jean Pellicot, sieur du
Chesne et de Corcé, avocat au Parlement. Il fait construire une nouvelle chapelle à Corcé et la
dotèrent de 75 livres de rente, y fondant une messe pour tous les dimanches et fêtes chômées.

Le XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, il semble que le manoir soit devenu le centre d'une métairie. Nous avons
trouvé plusieurs décès survenus au manoir du Petit Corcé. Il s'agit vraisemblablement de fermiers
locataires des lieux.
- Le 8 mai 1753 Joseph Trochet âgé de 66 ans ;
- le 2 février 1763 Michel Ollivaut âgé de 45 ans ; puis le 28 juin 1765 Anne Frogerais sa
veuve ;
- le 17 novembre 1786 Perrine Grouget femme de Pierre Peussé âgée de 48 ans.

Le XIXe siècle

Au XIXe siècle, le manoir reste la propriété d'avocats et de gens liés à la noblesse, dans la
continuité de l'Ancien Régime.
Les matrices cadastrales nous permettent de connaître les propriétaires. Comme dans la
période précédente, les propriétaires sont des rennais : en 1810 « Leplat, rentier à Rennes », en
1851, « Leplat Godefroy à Rennes » entre 1823 et 1851, « Leplat Antoinette suzanne Louise veuve
Richelot du Plessix, à Rennes au bas de la motte », puis Hypolite Richelot, avocat habitant à
Rennes. L'ensemble des propriétés change de propriétaire en 1879 et passe à Edmond Richelot
propriétaire demeurant 4 rue de Paris à Rennes, puis en 1890 à Henry Richelot propriétaire habitant
22 rue d'Antrain à Rennes.

La liste des parcelles faisant partie de la propriété nous apporte des indications sur sa
situation antérieure. La propriété a une superficie totale de 22ha. 4a. et 28ca, ce qui en fait une
propriété de taille assez moyenne. Elle procure 678.01 francs de revenu.
Le cœur de la propriété est composé de 17 parcelles.
Leur toponymie présente les éléments typiques de l'environnement d'un manoir de l'Ancien
Régime. L'existence d'une avenue plantée d'arbres de haute futaie est une des marques fortes du
caractère seigneurial du lieu dans le paysage. Le verger est également caractéristique, ainsi que les
courtils, parcelles encloses pour les préserver des animaux aux terres bien fumées dans lesquelles
on trouvait le potager ou des plantes textiles (lin et chanvre), dont on a une preuve de l'existence
avec « les clos rouis ».
Il faut y ajouter 7 parcelles éparses qui constituent probablement les lambeaux de terres
seigneuriales plus étendues autrefois détenues par les seigneurs du manoir :
Confirmant cette dispersion par afféagements successifs on trouve Guy Barbier, laboureur à

Monceaux qui possède la parcelle 760, un pré nommé « pâtis du petit corcé » d'une superficie de 6
ares 10 centiares.
Les terres labourables sont prédominantes, elles représentent 88% de la superficie totale de
l'exploitation.

Le XXe siècle

La famille Marquet est locataire du manoir et de son exploitation depuis plus d'un siècle.
Selon la tradition familiale, à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle, Prospert Marquet se lança
dans l'arboriculture. Il remit à l'honneur les vergers de la propriété et devint l'un des promoteurs de
la « reinette d'Armorique », variété connue depuis plusieurs siècles, qu'il développe et diffuse.
En 1972, Georges Marquet achète le manoir. Son fils poursuit la tradition familiale, en
vendant ses pommes au goût préservé dans les grandes surfaces dans les années 1980. Il valorise
également l'ensemble patrimonial qui a traversé les siècles.

Jérôme CUCARULL
4 avril 2013

Référencé sur le guide des lieux de séminaire et congrès ALEOU